.. Génétique : le Nobel de chimie attribué à une Française et une Américaine

Après Marie Curie, les deux chercheuses deviennent les sixième et septième femmes à remporter un prix Nobel de chimie en près de 120 ans d'existence. Elles ont mis en évidence un outil moléculaire permettant d'altérer le génome humain. La nouvelle technique doit révolutionner le traitement de maladies génétiques.

Une fois n'est pas coutume, deux femmes ont été récompensées par le prix Nobel de chimie, pour leurs recherches sur un outil moléculaire capable de modifier à volonté et à moindre coût le génome de tout organisme vivant, y compris l'homme. La prestigieuse récompense a été attribuée ce mercredi à la Française Emmanuelle Charpentier et à l'Américaine Jennifer Doudna, deux généticiennes qui ont mis au point, il y a huit ans, le système Crispr/Cas9. « Un outil pour réécrire le code de la vie », a commenté le jury à Stockholm en annonçant la nouvelle. La Française, 51 ans, et l'Américaine, 56 ans, deviennent les sixième et septième femmes à remporter un Nobel de chimie depuis celui décerné à Marie Curie en 1911.

Nobel prize chimie reuters c eloy alonso

"Ciseaux moléculaires"

C'est un article révolutionnaire qui a convaincu le jury de leur attribuer le prix. En juin 2012, les deux généticiennes, alors respectivement en poste à l'université suédoise d'Umeå pour la Française et à Berkeley pour l'Américaine, lancent le coup d'envoi de ce qui va devenir « la révolution Crispr/Cas9 » dans la revue « Science ». Les Crispr (acronyme signifiant « courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées ») sont des séquences génétiques qui se répètent de loin en loin tout au long de la chaîne d'ADN ; elles avaient déjà été découvertes 25 ans plus tôt par un chercheur japonais dans l'ADN de la bactérie Escherichia coli. Dans leur article de 2012 dans « Science », Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna montrent comment, dans les bactéries, ces Crispr s'associent à une enzyme découpeuse d'ADN, Cas9, pour neutraliser un virus.
Quelques mois après l'article fondateur du duo Charpentier-Doudna, un autre chercheur en génétique, l'Américain d'origine chinoise Feng Zhang, du MIT, publie dans la même revue « Science » un nouvel article expliquant comment utiliser ce système de défense bactérien Crispr/Cas9 pour modifier le génome de cellules humaines, et en particulier pour corriger un gène défectueux aussi facilement - ou presque - qu'on se débarrasse d'une coquille dans un traitement de texte. L'« édition du génome » est née et va très vite déferler comme une lame de fond sur les laboratoires de génétique du monde entier. Mais, à l'horizon, se profile déjà un nuage menaçant : la terrible Crispr, la découverte qui met la génétique en ébullition qui va opposer le duo Charpentier-Doudna à Feng Zhang, les deux parties revendiquant la paternité de cette révolutionnaire paire de « ciseaux moléculaires » par quoi la thérapie génique risque d'être, à terme, complètement bouleversée.

Découverte de la décennie

Quoique relativement récente, la découverte de ce nouvel outil de manipulation génétique, bien plus simple d'utilisation et bien moins coûteux que les précédents, était citée depuis plusieurs années comme nobélisable et figurait parmi les favoris cette année. Mais la bataille de brevets qui oppose toujours Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna à Feng Zhang donnait à penser à certains que la récompense attendrait. Le jury de Stockholm en a finalement décidé autrement, en tranchant en faveur des deux femmes.
Les deux chercheuses ont déjà été couvertes de distinctions : le Breakthrough Prize (2015), le prix scientifique de la Princesse des Asturies (2015) ou encore le prix Kavli pour les nanosciences en Norvège (2018). Selon William Kaelin, prix Nobel de médecine l'an dernier, « la modification génétique par Crispr est de loin en tête » des découvertes de la décennie en médecine. Les deux chercheuses étaient également citées pour remporter un Nobel de médecine.             

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